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Du temps libre sinon rien.

dimanche 7 novembre 2010


En 2003, la réforme des retraites était immédiatement suivie par la signature d’un protocole Unedic régissant l’indemnisation chômage des intermittents du spectacle. Ce protocole détruisait les restes de logique mutualiste d’un système d’indemnisation "par répartition", généralisant ainsi la logique de capitalisation.

Aujourd’hui, malgré le vote de la loi contre les retraites, le mouvement de contestation se prolonge et, hasard du calendrier, des négociations paritaires vont commencer à l’Unedic. On peut se demander, poursuite de la « refondation sociale » patronale oblige, quelle nouvelle épreuve le Medef et la Cfdt prévoient de faire subir, aux intermittents, précaires et autres chômeurs. Depuis 2004, la commission CAP (conséquence d’application du protocole) de la cip-idf a reçu et contribué à débrouiller près de 3000 dossiers bloqués dans les arcanes et les usages fantasques de Pôle emploi (ex Assedics-Anpe). En ces temps d’austérité, nous constatons une nette tendance à basculer des intermittents au « régime général ». Qu’un intermittent justifie de quelques heures d’emploi au régime général, cela est suffisant pour que l’institution l’indemnise moins et pour moins longtemps. Prémisse alarmante ou coïncidence fortuite ?

Une défaite sur le régime des retraites serait une très mauvaise base de départ pour une bataille sur l’Unedic. Il nous semble par ailleurs évident qu’autre chose relie la retraite et le régime d’indemnisation-chômage des salariés à l’emploi discontinu. Cette autre chose, profonde et fondamentale, c’est la question de la jouissance de l’emploi de notre temps.

L’indemnité journalière de l’assurance chômage permet de disposer d’un emploi du temps personnel qui dégage du temps de l’emploi proprement dit, ceux qui en bénéficient. Un temps libre, c’est un temps libre des subordinations à l’emploi, des astreintes extérieures. Le temps libre est celui qui nous appartient à taux plein, pleinement. Et ce quel que soit ce qu’on en fait. Impossible à mesurer, à estimer, à évaluer, il permet à chacun de s’épanouir, de décider, en propre. Or, chacun peut sentir combien la pression sur le temps, qualifié d’utile, valorisable, justifiable, contrôlé, dans l’emploi comme dans le chômage s’est accentuée ces dernières années.

La retraite est-elle autre chose qu’un temps libre, disponible pour soi, pour autrui, dégagé du salariat ? C’est un temps dont on n’attend pas de profit, et dont on n’a pas à justifier la rentabilité.
La lutte sur les retraites, comme la lutte pour l’intermittence, est une lutte pour conserver une maîtrise du temps vécu. C’est une bataille qui décidera si nous acceptons d’être de plus en plus contrôlés dans l’usage de nos heures dans l’entreprise, à Pôle emploi, à l’école, dans nos déplacements, dans la vie quotidienne. En 2003, nous proclamions : Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous, car la précarité de l’emploi n’était déjà plus depuis longtemps l’apanage du seul champ du spectacle, et il nous semblait aberrant que des droits sociaux spécifiques soient exclusivement réservés aux intermittents du spectacle. Nous réclamions un système d’indemnisation du temps chômé équivalent pour tous ceux qui, comme nous, avaient des employeurs multiples, des rémunérations variables, des contrats courts ou précaires.
Aujourd’hui, la réforme des retraites nous pousse à proclamer : ce que nous réclamons pour tous, nous le réclamons pour nous. Les premiers pénalisés par l’augmentation de la durée de cotisations nécessaire pour ouvrir des droits à la retraite sont ceux qui, précaires, auront accumulé des CDD, des vacations, des stages non rémunérés, des périodes de RSA. Ceux qui risquent comme tant d’autres de pointer au minimum vieillesse à 65 ans.

Les grèves et les annulations de festival de 2003 ont empêché la stricte application de la réforme du protocole Unedic durant trois ans. Les coordinations d’intermittents et précaires ont maintenu vives la contestation, la critique et les contre-propositions qui ont permis un certain nombre d’aménagements - insuffisants mais nécessaires - à la brutalité de la réforme imaginée par les partenaires "sociaux".

Résister, bloquer !

Nos armes aujourd’hui encore sont non seulement la manifestation et la grève, mais aussi le blocage, la perturbation des flux et des usages, la remise en question des logiques économiques et marchandes, de la production à la circulation. Chacun peut à son échelle, dans son quartier, dans son entreprise, s’organiser avec d’autres pour participer à ce blocage, à cet arrêt de l’économie. Bloquer, c’est déstabiliser le système auquel nous participons tous, c’est s’interroger sur nos fonctionnements, nos besoins, nos habitudes, nos subordinations. C’est une injection de temps libre dans celui verrouillé du travail salarié.

Interluttants , 6 novembre 2010


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