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De l’étang de Laparan à la vallée d’Ossau (2016) - 2ème partie
Une moitié de la HRP, la partie centrale. 2ème partie
vendredi 5 août 2016, par
Je pensais partir d’Hendaye pour aller plein Est jusqu’à je ne sais pas où ? Personne avait l’air décidé pour m’accompagner un bout. Tant pis je marcherai seul...
J’avais prévu de me réserver pour cet été une trentaine de jours afin de faire une partie de la Haute Route Pyrénéenne (HRP).
Lionel et Christian m’annoncent leur volonté de refaire une traversée en partant de Banyuls fin juin. C’est trop tôt pour moi. Je décide de les rejoindre.
Je n’ai pas eu vraiment le temps d’étudier de près cet itinéraire. Il est très proche de celui concocté il y a 4 ans. Mais c’est loin dans ma mémoire.
Je les rejoins aux étangs de Fontargente.
Mais Lionel a de plus en plus mal à sa cheville gauche.
Au 10ème jour ils arrêtent et rentrent dans le Gers : me voilà seul...
Deuxième partie : D’Arties à la vallée d’Ossau en solitaire.
Camping d’Arties..
Christian et Lionel repartent avec des ami.e.s gersois vendredi. Ils m’apportent un carton de nourriture que je leur avait laissé. Le saucisson mais surtout le fromage qui dorment à l’intérieur depuis une vingtaine de jours sont encore comestibles. Je donne ma bouteille de gaz pas tout à fait vide à Jean-Marc. Claudine sympa recoud l’accroc de mon pantalon de montagne. On mange tous ensemble à midi au resto à tapas. Puis ils s’en vont.
Me voilà seul. Seul jusqu’à Hendaye ?
Vu la météo je décide de reprendre la HRP samedi matin. Cela me fait 3 nuits au camping, quelques douches chaudes, des bouts de tour de France sur l’écran du bar, un peu de vin et de bière, des crudités, des côtelettes d’agneaux, du poisson, des patatas fritas et tapas... J’attends.
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J11- Samedi 23 juillet – Enfin c’est reparti...
Je tournais en rond comme l’ours d’Arties. Impatient. Enfin le moment est propice à mon départ. Direction Hendaye...
Il a plu toute la nuit. Ce matin le ciel est encore au gris quand je repars. 10H10, direction « Restanca » et les Aigüestortes. D’abord par la route, puis par la piste puis par un sentier. Malgré la brume et mon sac alourdi par les ravitos pour 9 jours environ je me sens léger... La « première partie » a musclé et allégé mon corps. Là j’attaque la partie la plus haute.
Après quelques kms, une jeune femme me prend en stop et me dépose au bout de la route. Elle va encourager son mari qui participe à un trail. Elle court aussi mais elle a accouché il y a quelques mois. Elle reprend l’entraînement. Je croise les coureurs. Beaucoup de femmes courent en montagne. Plusieurs participent à ce trail. Je les encourage. Enfin je les abandonne, quitte la piste et me voici sur le sentier pour le refuge de Restanca. Il y a encore de la brume.
Je casse la croûte devant le refuge face au lac (2000m). 13H et il ne fait pas chaud. Je repars pour le lac de Mar (vers 2300m).
C’est la 3ème fois que je passe sur les berges de ce grand lac. Les précédentes c’était avec Sabine, ma compagne. Je m’y suis même déjà baigné. Il est magnifique et d’un bleu qui rappelle la mer.
Malgré l’eau qui ruisselle partout, son niveau a baissé de plusieurs mètres. Ses berges ont reculé. Je ne m’y baignerai pas cette fois.
La Punta d’Harlé du haut de ses 2860m veille. En face je « grimpe » sans difficulté malgré la forte pente jusqu’au col pour avoir une vue d’ensemble sur le lac de Mar et pour passer de l’autre coté sur l’Estanh Tòrt de Rius. Magnifique.
Fatigué et sous un ciel menaçant, hors parc des Aigüestortes, je décide de monter la tente dès que je trouve un carré d’herbe plat dans cet espace minéral. Et de l’eau...
Je me prépare mon repas : une soupe campagnarde à la purée de pomme de terre. Cela me change des côtelettes d’agneau. Je mange toujours chaud le soir. Une popote de 1,3l, une cuillère, un couteau, un "bol" (pot en plastique avec couvercle récupéré sur une conserve de couscous), gourde de 2l enroulable, un réchaud à bouteille de gaz vissable, un briquet et quelques pierres composent ma cuisine...
Bivouac solitaire sur le lac Tort de Rius à 2380m. Il fait froid et il pleut dans la nuit. Je suis bien dans mon duvet à l’abri. Ce n’est pas désagréable d’entendre le vent et les gouttes frapper la toile de la tente. Je me sens en sécurité.
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J12. Dimanche 24 – Le « parque natural Posets Maladeta »
Au réveil il fait frais mais le ciel est prometteur. La pluie ne m’a pas empêché de dormir. Je range ma tente encore humide. J’aime cet instant de solitude.
GR11 atteint, je fais une toilette de chat au soleil sur la berge du lac de Rius.
A l’autre bout du lac, avant d’attaquer la descente qui même à l’hospice de Vielha, j’entends un chœur accompagné d’une guitare. C’est assez étonnant, même je dirais assez psychédélique. Au virage, je découvre un groupe de filles scouts assises en rond près d’un abri style tipi. Je fais un signe pour la photo. Elles ne me voient pas, absorbées par leur chant.
Je croise beaucoup de monde dans la descente. Des familles entières, des groupes de femmes, des pépés et mémés...
Une vipère serpente vivement sur le sentier. Il commence à refaire chaud.
Direction le lac Pantano de Senet.
C’est dimanche. Du monde partout. Je m’arrête à une aire de pique-nique. Tout en faisant sécher la tente je me nourris comme souvent le midi : saucisson, fromage, pain, fruits secs... Original, non ? Et j’ajoute un peu de pâte d’amande : la suite du trajet n’est pas évidente. Deux grands gars passent sur la piste à côté. Ils avancent rapidement, l’un prend une photo du panneau indicateur. Sacs assez légers, Saucony aux pieds... Pas des trailers, des M.U.L ?
Tente sèche et pliée, je poursuis mon chemin. Il suit le torrent pour atteindre un parking non loin du Pantano de Senet (lac).
Je longe la nationale 230 sur 500m, puis j’entre enfin dans le « parque natural Posets Maladeta ». Là beaucoup moins de monde d’un coup. J’ai l’impression d’avoir quitté la "civilisation".
Je chemine longtemps sous les arbres le long du torrent, à l’abri de la chaleur. Par réflexe je guette les champignons. Soudain, le sentier devient raide et étroit. Je croise un jeune couple d’Espagnols qui fait une pause à l’ombre. Qu’est-ce que ça grimpe !
Le sentier sort du bois. Il monte toujours, plus ou moins repérable à travers éboulis, arbustes, herbes hautes, fougères...
Du Pantano de Senet (1450m environ) j’arrive à l’estany Grau à 2200m en moins de 3 heures. Une longue prairie couverte de rochers.
J’aperçois le refuge non gardé de Angliós : une mignonne cabane en bois assez clean qui surplombe le lac. Je vais m’installer là pour la nuit. Je me lave dans le ruisseau à côté. Le jeune couple passe, visite la cabane et continue son chemin pour le refuge gardé Cap de Llauset à 3 km.
Dans la nuit arrive Romain. Il est belge et vient de passer son diplôme d’archi. Pour fêter cela il « s’offre » la HRP. Il l’a soigneusement préparée. A plusieurs endroits sur son trajet jusqu’à Banyuls il a enterré des ravitaillements protégés sous des cailloux. L’un a été pillé par les animaux. Il contenait du chocolat. Il ne restait plus que l’emballage. "Ils m’ont laissé les céréales..."
Il a vu un ours deux jours plus tôt. « A 500m sur une pente, j’ai eu très peur ! Vers Viados... »
L’ours craint l’homme et se tient à l’écart. Il doit nous observer parfois. J’aimerai en voir un. J’ai marché deux fois dans ma vie sur ses traces. Une fois sur celles du petit à Canelle.
On parle longuement sous le ciel magnifiquement étoilé.
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J13. Lundi 25 - Col de Valhiverna - Ballibierna
Il fait beau, je décolle vers 8 heures, tranquille... Un col de 2700m m’attend.
Linaigrette à feuilles étroites : comme toutes les linaigrettes, celle de Scheuchzer également, elle pousse autour des étangs et dans les tourbières sur sols acides. Un jour sur une crête je n’avais plus d’eau pour le bivouac. Je me suis souvenu avoir aperçu des linaigrettes une demi heure plus tôt. En effet, un mince filet d’eau d’une source coulait. J’ai pu remplir mes gourdes souples avec mon gobelet.
Après avoir contourné quelques lacs, j’arrive au premier col une heure plus tard : Collets dels Estagnets à 2520m.
Je croise le couple d’Espagnols de la veille. Ils ont dormi au refuge Cap de Llauset et repartent vers le nord pour rejoindre dans quelques jours (?) l’Hospital de Benasque afin d’y prendre un bus ? Le refuge ne se voit pas du col. Je descends dans sa direction.
Je descends en direction du refuge gardé pour partir à l’ascension du col de Ballibierna (Valhiverna) qui trône à 2730m. Là je prends un « selfie »... avant de plonger en direction des lacs suivants : l’Ibón Alto de Ballibierna, l’Ibón Bajo de Ballibierna où je déjeunerai à côté d’une source. L’eau, c’est très important en montagne (comme ailleurs d’ailleurs).
D’antiques Espagnols des deux sexes pique niquent sur les berges du deuxième lac. Bonne idée. Je fais comme eux. Je me demande comment ils sont montés ? On est tout de même à 2500m et le chemin sous cette cagnasse est long et rude.
Je reprends ma descente jusqu’au refuge non gardé à coté du pont de Coronas. Là des personnes attendent le bus de la navette. Il descend au Camping Contralado Senarta où est le parking.
La descente en bus par la route escarpée est impressionnante. Il ne faut pas être sujet au vertige. Je n’aimerai pas en être le chauffeur. Le spectacle est grandiose. Tout est grand sur cette portion des Pyrénées, très découpé... Un gars qui vient de faire l’Aneto avec deux compagnons me propose de m’amener en voiture au camping Aneto à 3km au nord de Bénasque. Il y a une épicerie, cela me fait gagner plusieurs km de bitume et demain je serai à quelques mètres de mon sentier.
Au camping c’est le rituel habituel : douche chaude, lessive, cerveza, sms pour donner ma position et la suite des « festivités » (le réseau est très faible)... En plus je fais quelques courses dans l’épicerie où il n’y a pas grand chose : pain, jambon de pays, jus d’orange pour le petit dej demain matin. Étonnant en plein été on y trouve que pommes et kiwis...
Demain pour la suite de la HRP, dilemme, j’ai le choix entre deux chemins différents, deux possibilités : le tracé prévu par Lionel, une variante plus sauvage du GR11, avec de fortes variations de dénivelé, qui semble superbe mais qui je pense prend deux jours pour aller à Viadós, ou le GR11 lui-même par le refuge de Estós, plus fréquenté et qui lui se fait en une journée. Je suis seul et je ne peux pas me permettre de prendre des risques, j’ai déjà quelques jours de retard par rapport à mon emploi du temps, j’ai eu deux journées rudes d’affilées, ma carte espagnole au 50 millième n’est pas assez précise...
En juillet 2017 j’ai parcouru seul cette variante après en avoir étudié le parcours.
En fait il n’y avait aucun risque de se perdre. Le parcours est bien balisé.
Voir l’article : http://kinoks.org/randonner-hrp/article/de-loudenvielle-a-gavarnie-en-autonomie-juillet-2017
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J14. Mardi 26 – Direction Refugio de Viadós et le camping El Forcallo
Ce n’est qu’une fois passé la cabane de Santa Ana et à l’embranchement des sentiers que je choisis le chemin du refuge d’Estós à cause de ma carte pas assez précise. Le problème en montagne c’est souvent la qualité des cartes. Votre vie peut en dépendre.
Ici, le GR11 et sa variante forme une boucle à partir de Viados et du camping assez intéressante. A faire à l’avenir ? Sur 3 jours ?
A l’époque je n’avais pas de smartphone avec une application permetant de suivre avec son GPS le parcours sur une carte chargée dans l’appareil. En utilisant la carte gratuite de "Topopirineos" par exemple : http://topopirineos.blogspot.fr/
La montée jusqu’au refuge est accompagnée par le parfum des œillets, ma fleur fétiche. Le parfum de l’oeillet de Montpellier s’épanouit en terrain calcaire. Sur un terrain siliceux l’odeur devient discrète.
Je trouve quelques myrtilles mais elles ne sont pas encore mûres. La journée est très chaude. Je croise une vipère. Le sentier est jusque là assez fréquenté.
Je casse la croûte près du refuge d’Estos assez rapidement en observant les scénettes de l’activité humaine : mon métier peut-être ? J’en fais des films, j’imagine des histoires...
Je me noie d’eau avant de repartir en direction du Puerto de Chistau à 2580m sous une cagnasse torride.
En arrivant au col un névé cache le sentier et je prends par erreur sur une 50taine de mètres celui qui mène au pic de Posets par les crêtes. La boussole me rappelle à l’ordre et changement de cap à 180°. Je retrouve le GR11 pour la longue descente.
Peu après la cabane de Aňes Cruces (2100m) je croise 2 chiens avec leur sac à dos (ils portent leurs croquettes), leurs « maîtres et maîtresses » dont un X.U.L (son sac à dos doit faire moins de 3kg). Une bande de joyeux lurons. Nous parlons, plaisantons un moment... Il a fabriqué son sac à dos en polycree (40g ?), utilise un poncho-tarp de 300g (Six Moon Designs - Gatewood Cape)... Bref un XUL ! Marcheur ultra ultra léger... Toute la bande va dormir dans ou autour de la cabane.
En comparaison mon sac sans la nourriture et l’eau pèse tout compris (sac, tente, duvet, matelas, cuisine, pharmacie, cartes et photocopies, boussole, lampe, téléphone, chargeur, appareil photo, habits...) : 8,5 kg. Je peux encore gagner 1kg sur le poids du sac, 400g sur le duvet, 1kg sur la tente en ne prenant qu’un abri/tarp une personne sans moustiquaire... Bref...
Il est interdit de bivouaquer autour du refuge de Viadós (1730m). De nombreux randonneurs récupèrent de leur journée assis ou étendus sur la pelouse. Je m’autorise à faire de même, cerveza à la main. Je n’aime la bière qu’en montagne. Dans ce cadre, après l’effort de la journée, même une "vulgaire" San Miguel m’apporte du bonheur.
J’observe le paysage pour voir par où passe et arrive la variante du GR, celle du tracé de Lionel.
La bière terminée je poursuis ma descente.
Je continue jusqu’au camping El Forcallo à 1580m (pas cher et sympa). De minuscules moucherons s’acharnent sur moi. Ils piquent terriblement ! Je me protège de la tête au pied. Mon voisin, septagénaire allemand (74 ?) prépare sa popote. Son sac me paraît très lourd. Je comprends qu’il est parti de Hendaye pour Banyuls. Il a l’air très fatigué et se couche rapidement.
Jus de fruits au « bar » du camping, douche chaude, dîner et au lit... La journée a été longue. Demain normalement la journée est longue également.
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J15. Mercredi 27 juillet– Hospice de Rioumajou
J’ai pris mon temps ce matin. Je reprends une douche. Me rase et j’hésite même à boire un café au bar du camping. C’est dire.
Le GR11 contourne « el pico del Monto » par le sud et poursuit plein ouest pour rejoindre l’A138 au nord de Parzán.
Mon itinéraire le contourne par le nord, pour rejoindre par le port de Cauarère (Madera) la vallée de Rioumajou. Le but est de voir si on peut monter vers le pic de Lia pour passer en suivant si possible les crêtes au-dessus du tunnel de Bielsa et rejoindre ainsi le port de Barroude... Magnifique itinéraire d’une journée entière qui dépend de la météo, de la précision de mes cartes, de la profondeur du « gaz », du moral de la personne seule... Mais ça c’est pour demain. Là je dois d’abord rejoindre l’Hospice de Rioumajou pour être à pied d’œuvre.
Sous l’ermitage de la Vierge Blanche, de l’autre côté du torrent part un sentier vers le nord. Il monte doucement sous les arbres. Puis il bifurque plein ouest.
Je quitte le torrent. La pente se prononce. J’entends des voix derrière moi quand je sors du couvert. Un groupe de jeunes vététistes me rattrape. Quel courage à pédaler arc bouté comme ça dans la pente ! 2 ou 3 mettent les pieds à terre poussant les vélos.Ils s’arrête sur un faux plat herbeux. Je fais une pause également, grignote quelques fruits secs puis je repars en direction du col. J’en vois de plus en plus de vététistes sur les pentes. Parfois dans des endroits pas possible !
J’arrive enfin sur el puerto de la Madera/Cauarère (2526m). Il a l’air d’avoir été enfanté par une gravière, tout comme le Pic de Cauarère. Le paysage est lunaire. Un univers schisteux (?) recouvert à certains endroits d’herbe qui reprendra le dessus au fur et à mesure de ma descente. Je m’arrête près d’une source pour me restaurer. Des isards m’observent. Il y a du réseau.
J’envoie un sms à Lionel « Col de la madera. Je cherche la voie. »
Il me répond : « Bravo. Port de la Madera ou de Cauarere. Pour basculer sur l’hospice de Rioumajou. Beau temps ? »
« Ciel couvert »
Échange de sms avec Sabine. Mon message qui donnait ma position de la veille vient de partir avec le réseau : « Biados ». Quand les sms ne partent pas ils s’enregistrent dans « brouillon » et s’en vont dès qu’ils peuvent. Je reçois les siens en même temps que je donne ma nouvelle position. Je pense être à Gavarnie dans 3 ou 4 jours. Décalage apparent dans mes réponses. Je lis enfin qu’elle est sur Paris et qu’elle a le dos bloqué.
Le réseau n’est pas assez fort pour se parler.
Je descend vers l’Hospice (1580m). Il est tôt mais trop tard pour vagabonder sur des crêtes. De plus le ciel n’est pas terrible. Dire qu’il faut remonter demain. De toute façon fallait redescendre pour traverser le « talweg ».
Le bâtiment de l’Hospice est aujourd’hui une sorte d’auberge ouverte de 11h à 17h. On peut y manger le midi. Je prends un jus de fruit et une bière pour ce soir. Une aire de bivouac est délimitée à proximité. 2 familles y campent. C’est autorisée sur 48h d’affilées. Une source fraîche canalisée est mise en valeur devant. Pas de réseau dans cette vallée encaissée. J’ai oublié le Erri De Luca : « le jour d’avant le bonheur ».
Demain est un autre jour.
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J16. Jeudi 28 juillet 2016 - Barrosa
Je me lève. Je plie la tente humide en chauffant l’eau pour le petit dèj. Beaucoup de rosée.
Une rude journée m’attend. Je suis bien décidé à aller voir ces crêtes ! Même si je me sens bien seul pour cela...
e « gravis » un bout du GR105 puis dans un coude, vers 1700m, j’aperçois le balisage de peinture orange qui indique le sentier pour le Pic de Lia (2770m).
Le sentier là-haut passe à 2740m. Cela me promet 1000m de dénivelé, un peu plus de 3 heures de montée. J’y vais. Le sentier n’est pas très clair. Il se mêle aux sentes des vaches... La personne qui a balisé avait apparemment peu de peinture. Quelques cairns... Je me perds peut-être ? Vers 2300m je ne sais plus vers où aller. Monter à vue ? Ma motivation en prends un coup : et si je montais là-haut pour rien ? Je grignote des fruits secs. J’observe ma carte et ma photocopie de cette partie d’itinéraire. Je cogite. Si je redescends je dois passer par le port d’Ourdissetou puis me taper 11 km de pistes et 5 km de la route nationale qui mène au tunnel de Bielsa pour récupérer le sentier de la vallée de Barrosa ! Ce que j’ai voulu éviter hier en passant par ici. Dilemme... Je monte encore un peu. Pas de cairns. Le tracé sur ma carte prévoit une bonne journée de marche sur la crête avec quelques possibilités de redescente sur des vallées en cas de mauvais temps...
En désespoir de cause je laisse tomber. Je décide de redescendre. (Pas de photo de cette recherche : j’ai du mal à penser photo quand je suis seul et pas serein.)
Il va falloir revenir un jour, mais pas seul pour « explorer » cette voie. Avec Lionel. Aujourd’hui avec Topopirineos (et un GPS) je vois qu’il y a des itinéraires qui longent grosso modo ces hauteurs.
Je coupe hors sentier et dévale en direction du GR105 le moral au plus bas.
Je piétine en direction du port d’Ourdissetou (2403m). J’ai un coup de pompe. La fringale ?Le truc des coureurs cyclistes. Faut manger ! Je m’arrête près d’une source. J’aime voir l’eau claire couler surtout quand j’ai chaud. Je bois, je me mouille. Je remplis ma gourde. Je mange de la pâte d’amandes et des fruits secs.
Un groupe accompagné par un guide arrive et se pose quelques mètres plus haut.
Je repars et je m’arrête à leur niveau.
Je parle au guide de ce sentier là-haut. Pour lui ce chemin de crête existe mais n’est pas évident. Je suis à plat. Oui, à la montagne il y a des hauts et des bas. Il faut voir le bon côté.
Il me propose de suivre tranquillement son groupe pour me requinquer. Je le remercie.
La forme revient. Faut pas se laisser abattre. Je reprends mon rythme. Je pars devant et les laisse. 12H30, je les attends au col pour remercier le guide. Il me dit « qu’à la station service de Parzan on y mange très bien. Que cela fait du bien au moral. » Un guide cela sert aussi à ça.
Je rejoins le GR11 et les 11 kms de piste poussiéreuse. Au bout d’une heure je trouve un coin d’ombre. Je mange fromage et saucisson. Le paysage sauvage est magnifique.
Un 4x4 surgit de nul part me prend en stop sur les 3 derniers kilomètres. Un couple de retraités de Barcelone. Ado, l’homme venait dans le coin en colo.
J’arrive sur l’A138, j’ai à 3 km au sud Parzan et sa station service, au nord à 5 km l’entrée de la vallée de Barrosa. Pas envie de faire l’aller retour sur Parzan, jai le temps de progresser encore. Je dis adieu salades, côtelettes, patatas fritas et je marche le long de la « nationale » plein nord en direction du tunnel de Bielsa. Je tente un peu le stop mais je ferai mes 5 kms à pieds... Sans eau. Je fais une pause à l’ancienne douane face au barranco Trigoniero. Un sentier qui mène au port de Moudang part de là. C’est bon à savoir. Un groupe d’Allemands en combi et baudrier se déséquipe. Ils ont descendu le barranco. Je poursuis ma route sur 800m et je tombe sur la piste qui conduit à la vallée de Barrosa.
Très vite je suis sur un sentier qui accompagne le rio Barrosa. Cette vallée est une pure merveille. Ma fatigue s’envole. Le moral revient au galop. De l’eau ruisselle partout. Des sources. Le paysage est sublime.
Au bout de quelques kms je cherche un coin plat pour dresser la tente. Le ciel n’est pas net. C’est à ce moment que surgit un chien puis son maître. Il m’indique que 2 km plus loin se tient le refuge non gardé de Barrosa (1745m). Qu’il a été refait à neuf.
Il est clean en effet. Tables, sièges, poêle à bois, balais, scie, 10 personnes peuvent y dormir sur deux étages...
A propos de sa rénovation : http://cirquedebarrosa.free.fr/cabanebarrosa.htm
Vallée merveilleuse, douche dans le torrent, refuge, paysage, me regonfle le moral. La météo depuis Arties est bonne. Les nuits jusqu’ici sont froides et humides. Mais je n’en ai pas souffert. Les taons m’aiment un peu trop... Le port de Barroude/Barrosa est à 2534m.
Demain matin je suis en France.
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J17. Vendredi 29 – Hourquette de Héas et Cirque de Troumouse
Il fait beau. Le paysage est toujours aussi splendide. Les marmottes sonnent l’alerte lorsque je quitte les lieux vers 8 h direction port de Barroude.
Deux jeunes randonneurs me rejoignent au col. Ils ont campé de nuit à proximité du refuge où j’ai dormi. Ils ne l’avaient pas vu.
Je rejoins rapidement les lacs de Barroude, je passe sous les ruines du refuge de même nom et prends la direction de la Hourquette de Chementas. Elle est plus loin que je l’imaginais. En montagne on a souvent l’impression que plus on se rapproche, plus les lieux à atteindre reculent. Surtout avec les cartes au 50000ème (1cm=500m).
Je regarde régulièrement la ligne de crêtes à l’ouest pour y déceler des indices concernant mon itinéraire loupé de la veille.
Je croise pas mal de randonneurs et randonneuses. Je grignote à la Hourquette de Chementas (2420m) observé par un lascif lézard noir. Le ciel se couvre. La chaleur est accablante malgré l’altitude. J’ai remarqué que souvent le ciel se couvrait l’après-midi dans cette région des trois cirques.
J’aperçois la Hourquette de Héas par où je dois passer et plus loin encore le Port de Campbeil (pour basculer sur Gèdre). Une majorité de marcheurs repartent par la vallée en dessous pour Piau Engaly. 13h30, la journée n’est pas finie...
Une famille sympathique pleine d’ados arrive du pic de la Géla par les crêtes à la Hourquette de Héas (2608m) en même temps que moi. Nous faisons un bout de chemin ensemble jusqu’à la fontaine de la Sainte Famille où nous nous désaltérons et goûtons.
16 heures. Il est encore trop tôt pour m’arrêter. Je pensais peut-être dormir ce soir à la cabane de l’Aguila à 50m de cette source.
Je poursuis ma route pour rejoindre le cirque de Troumouse par le sentier de la Tour de Lieusaube pour aller à la cabane de la Vierge. Je m’oriente de mémoire à travers le cirque de Troumouse pour la rejoindre. En fait le parcours est plus long que dans mes souvenirs.
La cabane est fermée. Le camping étant interdit, je décide de bivouaquer dans le cirque à côté du parking (2100m). On est vendredi soir vers 20h. A l’approche du week-end d’autres sont déjà installés autours. Je cherche de l’eau sans bouses. Je trouve un petit torrent encore clair de l’autre côté de la route. J’y mets des pastilles qui purifient l’eau en une heure.
Le ciel ne promet rien de bon. Le vent pousse ses rafales. Dans ce cirque de Troumouse, patrimoine mondial, la tente joue au roseau de la fable. Je me prépare le dîner et je me couche. Des Espagnols discutent fort de leur prochaine escalade de la Munia (3133m). « Por la mañana... » Leur conversation m’endort. Je rêve peut-être à une bonne paëlla ou à une chanson de Manu Tchao..
Demain je fais mes commissions à Gavarnie.
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J18. Samedi 30 – Se ravitailler à Gavarnie... Manger quoi ?
A l’aube les Espagnols partent à l’assaut de la « muraille » et de mes oreilles.
La journée commence pour de bon 300m plus bas par un vrai « petit » déjeuner à l’auberge le Maillet (8 heures).
Prendre des forces pour rejoindre le lac des Gloriettes, le cirque d’Estaubé, passer un col puis descendre sur Gavarnie, s’approvisionner, puis... ?
Les chevaux montent aux pâturages. Sur le sentier dégagé j’arrive à joindre ma compagne par téléphone. Cela fait du bien. Elle a moins mal au dos mais il n’est pas sérieux qu’elle m’accompagne sur un bout de HRP à partir du Somport.
J’évite de descendre. J’essaie de maintenir mon altitude pour rejoindre le lac des Gloriettes (1680m). Je rencontre pas mal de marcheurs le long du gave de même nom, à l’entré du cirque d’Estaubé. Je le découvre moi aussi. Il est beau et imposant.
Les cirques de Gavarnie, Troumouse et Estaubé sont inscrits au Patrimoine Mondial par l’UNESCO.
Je prends la direction de la hourquette d’Alans (2430m). La montée sous le soleil paraît longue.
Je croise deux randonneurs allemands sur le départ de sentier pour le refuge de Tuquerouge ( ou le port de la Pinède ?). Ils sont super chargés. J’arrive au col après m’être désaltéré à une source vers 13 heures. Le ciel donne des signes de mauvais temps. Je décide d’aller me restaurer près du refuge des Espuguettes 400m plus bas car je n’aimerai pas avoir un orage sur cette crête.
Je photographie les animaux tranquilles sur les paturages... et la Brèche de Roland, là-bas au fond, qui domine le cirque de Gavarnie, avec le Taillon, le port de Boucharo que je vais emprunter demain. Si je n’avais pas eu à me ravitailler je ne serais pas descendu sur la petite ville. Et ce ciel qui ne promet rien de bon...
D’ailleurs à peine arrivé au refuge qu’il se met à pleuvoir. Le refuge est bondé. Je « pique-nique » mes restes de saucisson et fromage dehors sous ma cape de pluie.
2 heures et 600m plus bas je débouche sur la ruelle qui longe le gave de Pau (Gavarnie ?) et qui mène au centre de Gavarnie. La « ville » est inondée de monde qui marche en tout sens. Déformé par ma progression solitaire j’essaie de ne pas me noyer. Et dire que ce village a moins de 150 habitants hors saison. Mais j’y accoste un week-end en plein 31ème Festival de Gavarnie et sa grande représentation dans le cirque de « Merlin Histoire d’un enchanteur ». Je passe devant le camping gavé. Il ne me donne pas envie d’y passer la nuit.
Je cherche au milieu de ces bars, restaurants et boutiques à touristes une épicerie et le magasin de sport. Ils sont pratiquement l’un en face de l’autre.
Il me faut une carte de la région , « Vignemale, Balaïtous, Ossau » et une cartouche de gaz vissable. En 10 jours j’ai usé la pointe carbure de mes bâtons jusqu’à la moelle. C’est pas normal. La patronne de la boutique de sport remarque que ce sont des bâtons pour femme : ils sont roses. Et alors ? C’est si important ? Personnellement je les aime car ils sont légers.
Je rachète une carte que j’ai déjà en double exemplaires mais à la maison.
Passons au ravitaillement alimentaire. Seul ce n’est pas évident car beaucoup de choses se vendent par paquet de 500g, le muesli ou les pâtes par exemple. A 2 ou 3 on peut partager. Seul on prend autre chose. Et là ce n’est pas facile. Surtout dans un petit « casino » de village. Même assailli par les touristes.
De quoi sont composés mes repas ?
– pour le soir des trucs rapides à cuire (dans des soupes en sachet pour le goût et d’autres apports) afin d’économiser le gaz (je finis en général feu éteint et couvercle sur la popote) : flocons de pomme de terre, semoule de couscous, pâtes, polenta, farines de pois chiches ou de lentilles vertes, protéine de soja séparément ou mélangés au gré de mon humeur... ;
– à midi du pain, du saucisson, jambon de pays, chorizo, fromage, de l’ail, oignon, parfois les premiers jours des piments doux, concombres, petites tomates, du frais facile à transporter qui ne s’écrase pas ;
– le matin café en poudre, muesli, céréales, mélange de fruits sec, pâte de fruits, pain d’épice...
– le grignotage dans la journée se compose de fruits secs, pâte d’amande (ou/et datte, abricot, figue), pâte de fruits, barres de céréales quand je n’ai pas le choix...
Fruits secs et pâte de fruits coûtent chers dans les petites épiceries.
Plein d’infos sur l’alimentation là :
http://www.randonner-leger.org/wiki/doku.php?id=la_nourriture_pour_randonner_leger
Je compte à peu près 350g de nourriture par jour. Pour 10 jours cela fait environ 4kg. A cela s’ajoute 1 litre d’eau. Je prends rarement plus sauf cas particuliers : cheminement sur une longue crête, lieu très sec, prévision d’un bivouac loin de l’eau...
A Gavarnie j’ai prévu pour 6-7 jours d’autonomie. J’achète, entre autre, fromage de brebis et saucisson, un peu de jambon de pays, pain, 500g de coquillettes, divers paquets de fruits secs, quelques soupes. Il me restait des flocons de pomme de terre, du couscous complet bio, de la farine de lentille, 1 soupe, des protéines de soja et quelques bouillons cube.
Une fois mes courses faites je m’installe à la terrasse d’un café et je reconditionne le tout dans mes sacs de congélation à glissière. Ceux-ci me font toute la randonnée et limitent de beaucoup déchets et poubelle. Je gagne aussi en poids et en place. Une fois mon Perrier (accompagné discrètement par le litre de jus d’orange que j’ai acheté avant) bu, mangé mes 2 pêches, mon sac a repris du volume, et je me retrouve avec une grosse poubelle que je jette avant de repartir.
18 heures, le ciel est à l’orage. Je décide de monter quand même en direction du port de Boucharo (2273m). Je vais essayer d’aller 600 m plus haut à la cabane des Soldats (1940m) pour y passer la nuit. J’y ai dormi avec Lionel il y a 3 ans. Elle est minimaliste mais elle joue parfaitement son rôle. Je vais peut-être y retrouver le lérot qui avait troué mon sac à l’époque.
Après un dernier message à ma compagne, j’abandonne le village surpeuplé sans regret. Malgré mes nouvelles provisions, grâce au mélange Perrier jus d’orange (?) j’avance rapidement. Je n’ai pas envie de prendre l’orage sur la tronche.
Je croise pas mal de randonneurs qui redescendent. La cabane « Pouey Aspe » a déjà des « locataires ». J’espère qu’il me restera de la place à celle « des Soldats ». J’accélère le pas. Le cirque légèrement sur ma gauche est majestueux. C’est agréable de sentir son corps répondre sans problème à l’effort. Je pense avoir marché largement plus de 25 km depuis ce matin. Il me semble ?
Enfin j’aperçois ma cabane là-bas au loin. Un troupeau de vaches à la queue leu leu me fait face sur l’étroit sentier. Elles descendent. Le passage est délicat. La photo n’en donne pas l’air mais l’image est trompeuse. Je n’ai pas envie de pousser les vaches dans le "fossé". Je les frôle une par une. L’une d’elle me lèche le bras. Un peu de sel piqué au passage. Un ami m’avait suggéré que dans notre imaginaire la vache est notre seconde mère car nous en buvons le lait.
Enfin, la cabane des Soldats, je commence à sentir quelques gouttes. Le gros poussoir du verrou est cassé. Rentré en force il est bloqué. Pas de chance. J’arrive à le faire glisser petit à petit en le frappant à l’aide d’une grosse pierre. Enfin je réussi à le sortir complètement du verrou. La porte s’ouvre. L’atmosphère à l’intérieur est étrange. Un portrait de Jésus et des bougies sont posés sur la cheminée de la pièce principale. Un casque de motard trône sur le banc en pierre qui longe le mur. Je sors ma frontale. Les deux petites alcôves sont relativement propres.
Je vais chercher de l’eau. Les sources à proximité sont en voie de disparition. Il commence à tonner sur le versant espagnol. Je reviens à la cabane. Un lérot m’observe du haut du mur... La grêle se met à tomber et le vent souffle en rafales humides. Je me sens en sécurité malgré le décor plombant de la pièce principale. Je laisse la porte ouverte coincée entre deux grosses pierres.
Au son du tonnerre, je fais chauffer ma soupe thaïlandaise au pâtes ajoutées avec la vieille bouteille de gaz. Il en reste au moins pour 3 jours. Je la laisserai sur la cheminée enveloppée dans un sac congélateur avec un mot : « Elle n’est pas vide, si elle peut vous dépanner ? »
Je rassemble mes aliments dans un sac que je suspends à une cordelette accrochée au plafond. Je me méfie du petit bandit masqué. Il grimpe sur ce genre de mur Je regroupe le reste de mes affaires dans la petite "alcôve" qui me sert de chambre.
Je m’endors en pensant à l’étrange casque de motard...
Je suis réveillé par le lérot qui tente d’ouvrir ma popote. Elle est vide et propre mais doit sentir la noix de coco. Je fais peur à l’animal. Je reste sur le qui-vive un long moment.
++++
J19. Dimanche 31 juillet 2016 – Bujaruelo
Je me réveille à 6h30 (je n’utilise pas de réveil c’est comme ça vient. Sauf si c’est nécessaire). Je déjeune et range tranquillement. Dehors le brouillard a tout envahi.
Pas de trace du lérot. Je ferme la cabane en faisant attention à ce qu’on puisse la rouvrir et je m’enfonce dans la ouate. La visibilité varie en permanence. J’ai déjà pris ce sentier mais là je n’ai aucun repère. Je fais attention à ne pas descendre vers le torrent et surtout de ne pas monter trop tôt sur ma droite.
Nuages, nappes de brume et soleil donne un ciel magnifique en perpétuel mouvement.
J’arrive au port de Boucharo sans problème. Il ne fait pas très chaud. Je joins ma compagne au téléphone. Elle a encore mal au dos mais elle va mieux. Je donne mes projets d’itinéraires. Je ne pense pas avoir de réseau pendant quelques jours. Je vais bivouaquer ce soir au camping du refuge de Saint Nicolas de Bujaruelo.
J’ai envie de me poser un peu surtout si la météo n’est pas terrible. Depuis Arties je n’ai pas fait de farniente. J’y serai normalement vers 11heures. Demain matin je partirai en direction du refuge de Bachimaña, je ne sais pas encore par quel itinéraire : je suis déjà passé 2 fois en 3 ans par le col de Letrero (2640m) et la série de lacs... Le GR 11 ?
Je descends un bout avec un couple de Toulonnais de 68 et 63 ans. Ils partent régulièrement en montagne à travers l’Europe sur plusieurs jours en dormant en refuges. Leurs sacs me paraissent bien lourds par rapport au mien...
« ¿Qué tal ? » me lance un homme que je croise. Il remonte une vache égarée. Il me dit qu’il n’y a pas beaucoup d’eau cette année dans le rio Ara en montrant d’un geste plus bas. D’après l’expression de son visage c’est une catastrophe.
Depuis le cirque de Troumouse j’ai remarqué que les torrents étaient bas pour la saison mais à partir du « puente de Bujaruelo » cela va être pire.
Camping et refuge de Saint Nicolas de Bujaruelo. Je monte la tente rapidement. Cela sent la pluie. La température a chuté. Je prends une douche chaude. Je me rase puis je me lance dans une « grosse lessive ». Elle séchera demain sur mon sac. Je prévois de manger une bonne salade au resto du camping/refuge.
Mon voisin campe avec deux chiens. Les bêtes sympa ne sont pas envahissantes. Ils font le GR11.
L’orage éclate. Tout en mangeant ma salade je recharge téléphone puis appareil photo sur une prise sous la table. Je prend mon temps et je réfléchis à la suite de mon « aventure ».
En fonction de la météo, j’envisage 3 possibilités : de redescendre soit sur le Pont d’Espagne et Cauterets en passant par le refuge Wallon, soit par Arémoulit et Artouste pour la vallée d’Ossau et Gabas, soit par le col du Somport pour rejoindre la gare de Bedous dans la vallée d’Aspe. C’est pesant de marcher seul durant plusieurs jours. J’ai envie de prendre un peu de vacances avec ma compagne.
Accompagné par un vent violent et la pluie, je fais une bonne sieste. Le soir je déguste des côtelettes d’agneaux avec des patatas fritas, une cagna ou deux...
++++
J20. Lundi 1er août – Une histoire de tuyaux
L’homme aux chiens part en même temps que moi mais vers le sud, Torla et la vallée de Ordessa. Les canidés ne transportent pas leurs croquettes. Pourtant l’homme n’a pas l’air surchargé. Il est vrai qu’il est jeune et il a un profil d’athlète. Ce n’est pas comme moi, quoi que...
Ma tente est humide. Je la ferais sécher plus tard. « J’étends » mes vêtements mouillés sur le sac à dos. Le ciel est radieux. Cela tombe bien, moi aussi. Je ne suis pas pressé de démarrer.
Je rejoins le GR11 après le pont et avanti popolo.
Je vais m’approcher puis m’éloigner du Vignemale, le contourner par le sud puis l’ouest sur un sentier que j’ai en partie déjà parcouru (2 fois). Il est simplement beau et accueillant.
Cabane de Ordiso, je prends une photo de mon sac transformé en séchoir à linge. Je photographie également une inscription bizarre sur la porte : « Jésus le chemin ». Je retrouverai la même 3 semaines plus tard sur un rocher proche du lac d’Estaens.
J’arrive sur la cabane de Labaza (ou Cerbillona ?).
J’entretiens des relations d’amitié avec certaines cabanes. Celle-ci en fait partie. Elle n’a pas bonne mine mais elle sait protéger.
La dernière fois que j’y ai dormi c’était l’été dernier où je suis resté une demi journée à attendre que le brouillard se lève. Elle est situé sur le GR11 à 1800m(Alt) et à proximité d’une voie pour le Vignemale. Elle est composée de 2 pièces autonomes. L’une n’a pas de porte. Elle s’est décrochée. L’autre, quelqu’un y a laissé son couchage dans l’intention d’y dormir ce soir je suppose. Dans la partie ouverte des déchets commencent à s’accumuler. Dès qu’une cabane est accessible facilement certaines gens ne peuvent pas s’empêcher d’y laisser leurs poubelles. Des gens qui ne pensent pas aux autres.
Je vais chercher, elle est posée contre un mur, la partie basse de la porte métallique. Je la cale à l’entrée pour bloquer l’accès aux animaux. Comme si je lui mettais un pull pour qu’elle n’attrape pas froid.
J’étends ma tente sur le sol le temps de déjeuner. Elle a l’avantage d’être légère et de sécher très vite.
Un peu plus loin je passe près d’une vache morte depuis peu. Je la contourne.
Pour aller vers le refuge de Bachimaña, je décide de poursuivre le GR11 en direction de Balneario de Panticosa par le puerto de Brazato (2560m). Je vais découvrir ce « chemin ». Le problème c’est que ma carte française ne couvre pas jusque là. Mais je connais trop bien l’autre itinéraire (magnifique et minéral) que j’ai parcouru l’année dernière pour la deuxième fois. La première c’était en août 2014 avec Lionel :
http://marcher.canalblog.com/archives/2014/08/14/30411979.html
La montée vers le col est d’abord paradisiaque. Je trouve plusieurs aires idéales pour le bivouac. Le paysage devient de plus en plus minéral. Il fait très chaud. Hier le ciel s’est lavé.
Du dernier lac je vois le col qui me nargue là-haut. Des sources ruissellent de tout part. Encore un petit effort et je suis au port de Brazato.
Une jeune femme est assise là à photographier le paysage. Elle est lourdement chargée. Nous nous présentons en goûtant ensemble. Il est 16h30. Christina semble habituée à la montagne. Elle a l’air de connaître cette région. Elle cherche déjà un lieu pour bivouaquer.
La berge des lacs sous le col des deux côtés est très caillouteux. Je lui conseille une prairie avec torrent, un coin paradisiaque et plat que j’ai aperçu 45 minutes plus bas.
Je poursuis mon chemin, j’aimerai ne pas avoir à descendre jusqu’à Balneario de Panticosa.
Il me semble me rappeler qu’une variante du GR11 mène au refuge de Bachimaña en ne perdant pas trop d’altitude. Vers 2200m je croise un couple de randonneurs suisses. Ils ont emprunté ce raccourci et m’explique succinctement comment : « suivre le gros tuyau qui canalise l’eau pendant au moins une demi-heure, ne jamais prendre de sentiers qui descendent, puis à un moment (au bout ?) des cairns indiquent un chemin qui monte, il faut le prendre, il mène au refuge. C’est facile. »
Je suis ce tuyau. Je vois en bas le village. Au bout d’une heure, ou plus, je vois des cairns et un sentier qui part en montant. Je le suis, cela monte raide, les cairns s’éparpillent... Je les perds, j’en retrouvent, cela monte raide, redescend sur un petit lac.
Je ne sais pas où je suis ? C’est pas le bon chemin. Je tourne autour. Je n’ai pas de carte. La lumière baisse. Je fais de l’eau puis je cherche à retrouver le sentier qui mène à mon tuyau. Pas facile. Il est 19h30, au pire je dormirai entre deux rochers... Il faut rester calme. Garder son sang froid. Je redescends à flanc en suivant une pente herbeuse assez raide. Mes chaussures ne glissent pas. Je retombe sur quelques cairns et je reconnais mon sentier, je retrouve les tuyaux. A certains endroits de l’eau s’échappe accompagnée par d’étranges sons saccadés, comme des percussions...
J’arrive à une sorte de petite cabane de chantier posée sur une plate-forme. Un jeune homme se fait chauffer des pâtes. Il va dormir là. Je lui dit que si cela ne le dérange pas moi aussi. On convient que c’est plus sérieux de se poser là. Demain il fera jour. Aïtor vit près de Barcelone. Il va faire le Balaïtous. Normalement c’est le bon chemin. Il faut continuer à suivre le tuyau. Je « nettoie » un coin de la cabane. Elle contient des bidons vides, quelques outils hors d’état, de la caillasse... Elle a dû servir à l’entretien du tuyau ? Je vais chercher de l’eau à une « fuite » pour me faire la cuisine. Il fait pratiquement nuit quand je reviens à la petite bâtisse.
Il y a du réseau. J’appelle longuement ma compagne (Sabine). Elle est à Marciac avec des amis. Normalement demain matin je pourrai la joindre à partir de la terrasse du refuge.
Aïtor est déjà couché. Nous nous endormons « bercés » par le rythme du souffle des tuyaux.
++++
J21. Mardi 2 août – Direction Refugio de Respomuso
6h30, je fais chauffer de l’eau. J’offre un café à Aïtor. La nuit porte conseil. J’ai décidé de rentrer par le refuge d’Arémoulit, lac d’Artouste, vallée de Soussoueou, GR10, Gabas... mais je n’en suis pas encore là.
Les sacs prêts nous repartons sur notre tuyau. Nous le suivons à l’aide de nos frontales à travers des tunnels taillés dans la roche. Nous arrivons enfin à une petite plate-forme en béton. Un sentier cairné s’envole de là. Cela a l’air bon. Nous le gravissons.
Quelques kilomètres plus loin, après un chaos et un col j’arrive sur le refuge de Bachimaña. Dans le temps il y avait là un refuge non gardé. Aujourd’hui cela tend vers l’hôtel 3 étoiles.
J’annonce à Sabine ma décision de rentrer sur Gabas. Dans 3 jours ? Elle viendra me chercher. Elle me donne la météo : rafraîchissement la nuit et fortes rafales en altitude.
Je remplis ma gourde, grignote quelques fruits secs. La météo est bonne. Des randonneurs-ses paressent au soleil. Bon, il faut y aller.
Je file avec comme objectif une bière au refuge de Respomuso. Je ne sais pas pourquoi mais je n’aime pas ce sentier qui longe le lac de Bachimaña Alto. Pourtant la vue est belle. Je vois de l’autre coté du lac par où j’étais descendu l’année dernière : les lacs de Bramatuero Alto, Bramatuero Bajo, puis j’avais passé le port de Marcadau pour le refuge Wallon. J’avais réussi à le retrouver en plein brouillard en suivant plus ou moins le torrent. On n’y voyait pas à 10 mètres.
Le dénivelé est bien prononcé jusqu’à « l’Ibón Azul Inferior ». Des marcheurs me dépassent. Légers, ils vont « vite ». Je monte d’un pas régulier. Je les retrouve tous sur les berges du lac. Ils font une pause en admirant le paysage. Je poursuis ma progression régulière. J’atteins le lac supérieur. Un super coin pour bivouaquer à 2420m. D’ailleurs il y a deux tentes.
Encore 1,5 km environ pour atteindre le col de l’Enfer (2723m). De longs névés alternent avec caillasse et rochers. J’arrive au « cuello Del Infierno » midi bien passé. Du monde se repose là. S’abrite du vent frais comme il peut. Certains partent pour le pic de l’Enfer, d’autres se restaurent, plusieurs langues (espagnol, anglais, flamand, français, basque, catalan, hollandais...), un col international.
Je laisse passer un groupe de jeunes Espagnoles qui progressent comme des stars. Elles sont accompagnées par un guide. Elles se photographient en groupe sur le premier névé bâtons de rando levés vers le ciel. Rires aux éclats, gaieté...
C’est pas tout, à 400m en contournant légèrement l’Ibón de Tabarray, j’ai le deuxième col à franchir à 2766m. Le Collado de Tebarray (ou Piedrafita), celui-là je l’appréhende. Je ne l’aime pas du tout. Une fois franchi on redescend par un raide couloir étroit et terreux, d’une dizaine de mètres, qui débouche sur un long névé pentu. Si tu dérapes et ne te rattrapes pas tu pars en longue glissade sur la neige. Pas bon. Faut rester calme et concentré. S’assurer (se rassurer) comme (quand) on peut à la paroi rocheuse. Et pas se faire de films d’épouvante dans la tête. Pas penser au névé en dessous. Je trouve toujours plus difficile de descendre que monter. Enfin je suis dans un environnement plus serein. Je me remarque encore une fois que lorsque je suis seul et en situation qui me parait difficile je ne prends pas de photo.
Plusieurs centaines de mètres plus loin, je me dis que j’ai faim. Je m’arrête près d’une petite source. Il recommence à faire chaud.
Enfin, l’Embalse de Respomuso (2110m). Je contourne cet immense lac par l’Est, en restant sur le GR11 pour atteindre le refuge de même nom. J’y fais une pause goûter sur la terrasse, en buvant un jus d’orange. Une petite fille (12 ans ?) chante des chansons de Boby Lapointe. Elle les connaît par cœur. Étonnant, ici en Espagne à 2160m... 2, 3 chansons.
17 heures, j’achète une bière pour le bivouac de ce soir, je prends de l’eau, remets mes chaussures et j’y vais. C’est ça l’autonomie on n’est pas dépendant des refuges, on s’arrête là où on veut, là où on peut...
Parfois il faut s’arracher. L’être humain est un être social...
A proximité de « La Ermita de la Virgen de las nieves » (une chapelle), je quitte le GR11 pour prendre le sentier à droite qui mène aux Lagos Arriel. Il suit au début une canalisation mais rien à voir avec mon tuyau de ce matin. Il n’est pas large mais ce chemin est bien entretenu, sans obstacle. Longtemps, il suit pratiquement la courbe de niveau vers le nord-ouest puis au bout de 2 km il tourne vers le nord-est. Je croise un jeune homme qui suit la HRP dans l’autre sens. C’est un savoyard habitué à la montagne. Il a un coup de foudre pour les Pyrénées. Il n’a pas de tente mais une tarp. Il reprend son chemin en me disant qu’il y a de quoi bivouaquer au bord de certains lacs plus haut.
Je trouve un endroit à peine plus haut à une dizaine de mètres du deuxième petit étang . Un espace suffisant entouré par un petit mur de pierres. Très bien si le vent souffle fort cette nuit ? Je mets ma bière au frais dans le torrent.
Et je prépare mon repas.
++++
J22. Mercredi 3 août – Arémoulit et la vallée de Soussouéou
Je prends mon petit déjeuner tranquillement. Pas eu de vent cette nuit. Ou je ne l’ai pas entendu. Je range la tente. En avant pour le col d’Arremoulit à 2460m. Pfft un enfantillage.
Je suis les Ibon Arriel, le Bajo puis le plus grand, le Alto.Je prends en photo le reflet du Piton Von Martin (ou le Pallas ?) dans l’eau. Le sentier part nord-est et la pente s’accentue. Je monte avec le Balaïtous dans le dos (3144m). Je ne peux pas m’empêcher de le prendre plusieurs fois en photo avec le lac en bas. C’est magnifique. Faut dire que je le vois de chez moi, dans le Gers.
Au col je découvre un univers chaotique et minéral. J’aperçois le lac d’Arémoulit tout petit là-bas au loin et à 2280m. J’essaie d’envoyer un sms pour dire que je serai sur Gabas vers 10h30 le lendemain. Il ne part pas et s’enregistre dans « brouillon ».
Une demi heure plus tard je me baigne dans le lac. L’eau est bonne. Un vrai régal. Puis je déjeune à coté du refuge en buvant un jus d’orange. Je flemmarde. Enfin je décide de descendre sur le Lac d’Artouste et son petit train. Le retour vers la « civilisation » commence pour moi. Je croise beaucoup de monde dans la descente. « C’est encore haut le lac d’Arremoulit ? »
Le petit train déverse son flot de touristes à un rythme rapide et régulier. Je suis impressionné. Dans les escaliers qui mènent à la « gare », on se croirait rue Saint-Rome à Toulouse un jour de soldes. J’étouffe. Je n’ai toujours pas de réseau.
Je traverse la voie-ferrée et je plonge dans une de mes vallées préférées : la très longue vallée de Soussouéou. Sa partie haute est sauvage et magnifique. Je l’avais remontée il y a quelques années en suivant au plus près le torrent. Un coup de foudre. A l’époque, des maçons montagnards y construisaient une deuxième bergerie.
Aujourd’hui un sentier balisé (n°4) la traverse de haut en bas. Son cheminement bizarre rallonge et complique la descente. Il semble être tracé pour ne pas « déranger » les troupeaux...
Tout en descendant et en admirant le paysage qui s’offre à moi je mange des kilos de myrtilles. Je n’ai qu’à me baisser, il y en a partout !!!
Au bout de quelques kilomètres j’arrive sur la plaine. Immense elle semble destinée à l’élevage des vaches. L’herbe jaunit.
Je n’aurais jamais le temps de descendre sur Gabas. Et venir m’y chercher la nuit en voiture du Gers... Je pense bivouaquer au bout du plateau juste avant le départ du sentier qui descend vers la vallée d’Ossau. Il y a une source pas loin.
J’y arrive, il y a déjà 2 tentes. Une femme et 2 enfants cherchent du bois pour faire un feu. Je lui demande si cela ne leurs pose pas de problème à ce que je m’installe dans cette zone, à une cinquantaine de mètres d’eux. Je ne peux pas plus loin, le sol est trop humide ou épineux... Elle me répond que non, mais que son mari n’est pas là car il pêche.
Je monte la tente. Voulait-elle dire qu’il fallait que je demande l’autorisation à son mari ?
Quand il rentre je passe lui dire bonjour, que je vais chercher de l’eau et je leur propose de leur en ramener. L’air absorbé par les fils de sa canne à pêche (?) il ne me répond pas et fait comme si je n’existais pas. Elle me dit qu’ils ont le plein d’eau. Bon, je vais à la source.
Une brume cherche à se répandre. 20 heures, je me cuisine une soupe purée. Puis je m’allonge dans la tente pour prendre quelques notes sur mon carnet. Les enfants passent avec des gourdes. Ils reviennent de la source. Ils me souhaitent bonne nuit avec un super sourire.
++++
J23. Jeudi 4 août 2016 – Retour à la vie « normale »
Lever vers 7 heures. L’atmosphère est humide. Le soleil est là mais le ciel est brumeux. Je me prépare mon petit dejeuner. Je plie pendant que l’eau chauffe. J’essuie ma tente avec un chiffon avant de la rouler. J’allume mon portable. Le sms est toujours dans « brouillon ».
Lorsque je pars mes voisins dorment encore. Avec l’humidité leurs tentes se sont détendues et affaissées. J’entame la descente pour la vallée d’Ossau. Elle est sous les nuages. Je trouve quelques myrtilles, framboises et fraises. Je descend jusqu’au GR10 qui lui monte un long moment avant de replonger. Je croise un groupe de jeunes qui va vers Gourettes. Puis un sexagénaire qui se repose sous les arbres en mangeant un œuf dur. Il veut faire tout le GR10 en deux ou trois mois. A la retraite il a le temps. Son sac a l’air lourd. Il est Ardéchois. Je lui souhaite bonne chance. Sabine m’appelle. Elle vient de recevoir mon texto d’hier. Elle ne pourra être là que vers 16h30. Je la rassure. Je vais me faire un resto à Gabas. Puis j’irai à sa rencontre en stop. Jusqu’à Laruns ?
La descente me paraît très longue. J’avais déjà fait le chemin inverse par le passé. Vers 13 heures j’arrive enfin sur la route du col du Pourtalet. Le GR10 la suit, dessus car il n’y a pas d’aménagement sur le bas-côté. A chaque voiture il faut se faire tout petit sur le bord. C’est dangereux.
Gabas, me voilà attablé dans un petit restaurant. Ils vendent aussi du fromage. Je ne suis pas pressé. C’est agréable. Un toubib de campagne arrive. Il vient rendre une visite à la doyenne de la maison. J’achète du fromage, du brebis. Je me poste devant le resto et je lève le pouce.
Le toubib me prend en stop jusqu’à Laruns où est son cabinet. Nous parlons montagne, santé en milieu rural. Il a désiré travailler là où il est né. Il m’annonce que le randonneur disparu depuis fin juin sur le Gr10 vient d’être retrouvé mort caché par un névé vers Gourette. Victime d’une chute ? Je me souviens de cette disparition. L’homme avait mon âge. Parti d’Hendaye, il faisait le GR10. Cela m’avait profondément touché.
Laruns. Je m’installe à la terrasse du bar Pampelona sur la place principale devant une pression. J’attends Sabine, ma compagne. Vers 16h30 je la vois, elle se gare et arrive tout sourire. Super.
Une semaine plus tard je repars avec Sabine pour une boucle de quelques jours majoritairement en Espagne autours du Lac d’Estaens, Castillo de Acher, Bisaurin et Refuge d’Arlet.
Retour au départ à Fontargente, au J1... :
http://kinoks.org/?De-l-etang-de-Laparan-a-la-vallee-d-Ossau-2016-1ere-partie
KINOKS





































































































































































































































