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Une boucle autour du Balaïtous

lundi 15 août 2022, par JLG

Mardi 9 aout 2022, j’ai prévu une boucle de trois jours, en autonomie et bivouacs, qui passe au nord du Balaïtous par les refuges de Larribet, d’Arrémoulit et de Migouélou. Je me gare la veille et dors dans la voiture, pour partir tôt le matin, vers la centrale Hydroélectrique de Migouelou, au Plaa d’Aste, à proximité de la Maison du parc.
Je ne ferai pas exactement le parcours prévu.

++++

Premier jour

Mardi matin, il pleuviote un peu. Je prépare mon sac en buvant du café soluble.
Je n’ai rien oublié ?
En avant.
Je passe par la Maison d’information du Parc. Je prends le sentier.

Lac de Suyen.
Peu après, je quitte la piste qui mène au Port de la Peyre St Martin.
A la cabane de Doumblas(?) je prends plein ouest, là cela monte pas mal le long du ruisseau de Larribet. Les choses sérieuses commencent. Il faut trouver son souffle.

La clé ? Dans la montée je prends note avec cette photo pour une autre fois : aire de bivouac potentiel ?
Déjà plus de 300m de dénivelé avalé.

Je rencontre un groupe de randonneurs. Je leur dit mon intention de passer par le Port du Lavedan pour rejoindre Arrémoulit.
Le plus expérimenté me conseille vivement de ne pas passer par là, c’est dangereux, mais plutôt par le "col Noir". Le problème avec le "col Noir" c’est que je dois redescendre de l’autre coté pas mal de dénivelé en forte pente pour remonter et rejoindre ensuite "le Col d’Arrémoulit"... Cela remet en question mon itinéraire initiale.
Bon, je demanderais au refuge de Larribet.

Un groupe de 3 personnes me demandent si je n’ai pas aperçu un vieux monsieur qui montait également.
Et non, donc il doit être devant.
Un vieux monsieur de 91 ans qui connait le coin mieux que sa poche. Impossible qu’il se soit perdu...
Beaucoup de framboises et myrtilles sur mon parcours. Mais peu de fleur.

En fait je rattrape le monsieur de 91 ans juste avant le refuge de Larribet.
Lui aussi me déconseille le port du Lavedan, pas évident et seul s’il arrive quelque chose ? Un gardien du refuge confirme.
"Vaut mieux passer par la brèche des Ciseaux. A proximité du Col Noir qui n’est plus pratiqué à cause d’éboulements..."
Il me montre sur une grande photo "là où est le passage".
C’est par là que passent celles et ceux qui font le Balaïtous par la grande diagonale.
Le vieux monsieur nous raconte en plaisantant sa jeunesse dans ce massif.

Je grignote et je repars en direction des Lacs de Batcrabère...

Le grand lac de Batcrabère à 2180m d’altitude.

Je reconnais l’image que l’on m’a montré au refuge. La "brèche des ciseaux" (2660m environ) est entre le M et la plus haute pointe au milieu.
Mais pourquoi passer par là si je dois redescendre jusqu’aux lacs de Arriel (2230m) sur une pente importante pour me retaper plus de 200m de dénivelé pour passer le Col d’Arrémoulit (2448m). Et pour faire quoi après ?

Je me dis que cela ne vaut pas la peine. Et puis le ciel se couvre de nuages pas jolis.
Tenter alors le port de Lavedan ? Attendre des gens qui y montent pour passer avec eux ? Pour aller au port en question il faut monter par le talweg à droite sur l’image.

Je zoome sur le Balaïtous.

Je monte mon abri car il commence à pleuvioter. Je protège mon sac dedans et je fais un tour.

Le ciel a oublié la pluie. Je me balade autour du lac. Peut-être me baigner ? J’ai oublié mon bouquin à la voiture.
Et j’ai du temps...

Un pédalo antique fossilisé ?

Je zoome sur la "porte" du Balaïtous.
Je regarde ma carte IGN et je commence à imaginer un autre parcours.

Plus tard. Deux jeunes randonneurs passent à proximité. Je vais à leur rencontre. Ils ont l’intention de prendre le port du Lavedan puis passer par le col du Palas pour bivouaquer à côté du refuge d’Arrémoulit.
Cela me va. Mais...
Mais le ciel se recouvre de nuages annonciateurs d’orages.
Ils hésitent et moi aussi. Ce col est encore loin, il n’y a aucune balise et peu de cairns, d’ailleurs difficilement repérable dans un paysage minéral.
Ils ont la trace gps.
Mais on commence à entendre le grondement du tonnerre.
Il est dans la direction du refuge d’Arrémoulit.
Ils décident de redescendre au Plaa d’Aste pour profiter demain de leur dernière journée de vacances sur un autre itinéraire.
Je vais passer la nuit ici et réfléchir à tout ça.
Je m’installe.

L’orage s’installe aussi sur l’autre versant.

Au menu : soupe Thaï allongée de coquillettes, jambon de pays et fromage de brebis, "waza authentique" (plus léger que du pain), abricots secs... le top !

Quand tu es seul tu as personne pour évaluer avec toi le pour et le contre. En même temps tu es peut-être plus libre ?

++++

Deuxième jour

Mercredi matin.
J’ai passé une mauvaise nuit. Mon matelas a pris sa retraite au bout d’une demi heure. Il s’est dégonflé. Et la roche affleure...
Voilà neuf ans que je l’ai acheté au Vieux campeurs à Toulouse. 80€ à l’époque, aujourd’hui l’équivalant en vaut plus du double.
La nuit porte conseil. J’ai décidé un autre itinéraire, une autre boucle. Plus longue mais plus "simple".
Et je ne vais pas traîner. Je n’ai pas trop envie de renouveler plus d’une fois l’expérience de cette nuit. Et puis cela semble parti pour des orages les fins d’après-midi...
Je déjeune en démontant et en rangeant mon sac à dos.

Je redescends pour prendre le chemin du Port de la Peyre St Martin.
Lorsque je rangeais mon sac plusieurs personnes sont passées pour faire le Balaïtous.

Sur le sentier du Port de la Peyre St Martin. Derrière moi le gave d’Arrens et la grande prairie de Labassa.

Lacs de Remoulis.

Enfin au port (2295m). Le sentier m’a paru très long. 6 à 7 km depuis que je l’ai emprunté.
Me voici en Espagne. J’ai croisé pas mal de personnes. Il y a de plus en plus de monde en montagne. De plus en plus de jeunes, de plus en plus de femmes en groupe ou seule.
Devant moi l’Embalse de Campo Plano. Je vais rattraper le GR11 pour aller au refugio de Respomuso afin d’acquérir une bière pour l’apéro de ce soir.
D’ailleurs il est 13h30 et je me rends compte que je n’ai pas encore déjeuné. On peut oublier de se nourrir en montagne. C’est comme cela qu’on chope des "coups de pompe"...

Embalse de Campo Plano et le pic de la Peyre derrière moi.
Pas sur la photo, mais au fond à droite un sentier mène au col de la Fache.
Je mange un peu et rapidement. Le ciel annonce rien de bon. J’ai encore pas mal de kilomètres avant d’atteindre mon "plan" de bivouac (j’espère).

Embalse de Respomuso. 1 à 2 km avant d’atteindre le refuge.

Derrière moi, toujours l’Embalse de Campo Plano et le Pico de la Gran Facha je pense (3005m).
Un panneau m’indique que le refuge est à 25mn.

L’Embalse de Respomuso. Les lacs sont déjà au plus bas cette année. Des torrents sont à sec.
A ce rythme je crains qu’il y ait à la fin de l’été restrictions d’eau dans les villes. Je pense à Toulouse en particulier.
Je ne m’attarde pas au refuge. Je prends une canette en métal de bière et une petite bouteille d’eau gazeuse, j’avale une pâte d’amande et une autre de fruit. De l’énergie  !
La petite bouteille d’eau va m’être d’un grand renfort. Ma gourde de 2l qui me sert pour les bivouacs, s’est mise à fuir aussi en solidarité avec le matelas.

Encore 3 à 4 km avant d’atteindre l’endroit où j’ai prévu de bivouaquer.

L’entrée de la Majada de Arrieles. Je retrouve l’endroit où j’avais bivouaqué en août 2016. J’étais parti des étangs de Fontargente. Du barrage de Laparan plus précisément.
Aujourd’hui j’ai juste le temps de monter tant bien que mal mon abri que les gouttes se mettent à tomber.
Trois orages avec bourrasques, rafales de vent et pluie intense. Le petit tipi tient bon. Heureusement et surtout avec ce type d’abri j’évite de m’installer dans une cuvette
Je mange froid et je bois ma bière tiède. Elle est bonne quand même. En montagne tout est bon.
Lors d’une accalmie, je vais chercher de l’eau.
Il va falloir dormir sur un matelas dégonflé. Je compte les secondes après chaque éclair.
Demain est un autre jour.

++++

Troisième jour

Jeudi matin, 7 heures, le ciel est gris au sud et bleu au nord...
Des espagnols passent déjà en direction du Balaïtous. J’ai la flemme de me faire un café. J’avale du pain d’épices, quelques abricots secs, je démonte et range.
Je suis pressé de décoller pour atteindre rapidement le premier col de la journée : celui d’Arrémoulit. Le second sera le col d’Artouste.
Je n’ai pas envie de passer une troisième nuit par terre.
Si tout se passe bien (météo et condition physique) j’arriverais à la voiture au Plaa d’Aste avant les orages...
Une longue journée s’annonce...

Ibón de Arriel Bajo...

Ibón de Arriel Alto.
Le niveau est très bas...
Le pic Palas en face et, sous son "aile", le port du Lavedan en question vu du côté français.
De là j’ai du mal à évaluer le passage.

En août 2016 le niveau du lac était correct, l’herbe verte, le torrent en face coulait abondamment avec des cascades, il y avait de nombreux névés.
Pourtant, certains pensent encore que le réchauffement climatique c’est du pipeau.

L’autre versant du col d’Arrémoulit. J’ai croisé pas mal de personnes en montant puis en me dirigeant vers le refuge.
J’utilise le mot "personne" pour dire randonneurs et randonneuses.

Lacs d’Arrémoulit.

Le refuge d’Arrémoulit.
Je n’ai pas osé demander un café, c’est l’heure du ménage.
La gardienne me raconte qu’après le creux de fréquentation des deux années Covid, là il y a beaucoup beaucoup plus de monde en montagne qu’avant. Cela devient difficile et hyper fatiguant à gérer cet afflux.
Pourquoi ce subit engouement de masse pour la montagne ?

En faisant mon plein d’eau j’ai vu ce miroir, la lumière, le paysage qui se reflétait et en fond le mur du refuge.
Je n’ai pas résisté.

La gardienne me dit : à cette heure ici il n’y a pratiquement personne. Mais plus bas avec le petit train d’Artouste, vous allez en croiser du monde !
En effet.

Pic Palas.

Lac d’Artouste au loin. En fait dans la descente j’ai croisé du monde. Le refuge d’Arrémoulit n’allait pas longtemps resté "désert".
Je ne sais pas quoi en penser de cette surfréquentation de la montagne.
Cela fait plus de 40 ans que je randonne et j’ai l’impression de me faire déposséder de cet espace de "liberté". Je ne suis pas sûr que cela soit le bon mot qui exprime ce que je ressens.

Toujours le niveau d’eau...
Normalement, une fois au barrage je poursuis sur le versant en face.

Le petit train.

Lac de Carneau. Il doit être 14 heures environ.
Je rencontre un homme dans une sorte d’uniforme. On discute et on s’aperçoit que l’on est tous les deux de 1955. Mais étant de février, je lui dis en plaisantant "qu’il me doit le respect"...
Il me parle des jeunes qui portent des chaussures basses et légères... Les chevilles ?
Ma podologue est pour les chaussures basses : c’est beaucoup mieux pour les pieds et les genoux.
Personnellement je suis d’accord sauf en hiver.
Je lui dis qu’il faut que je mange. Je ne ressens pas la faim mais il faut que mon corps se nourrisse.
Il me conseille un point d’eau, une sorte de source, qui sort d’une mine un peu plus haut, sur le sentier du col d’Artouste.
Alors j’ai mangé un peu. Wasa, jambon, chorizo, chips écrasées à la cuillère, fromage, et pâte de fruit... Énergie.
Un col à près de 2500m m’attend.
Puis j’ai bu, j’ai bu, au début du sentier à la source en question.

Lacs de Carnau toujours. Des tentes grandes ou petites sont installées là. Pourtant c’est le parc. Idem, en haut de la vallée du Soussouéou (sous la gare), une vallée protégée que j’adore.
Je digère, il faut que je retrouve mon rythme si je veux être ce soir à la voiture.

Toujours lacs de Carnau.
Le sentier est bien tracé.

On essaie toujours d’imaginer par où ça passe.

Ouf, le col. Mon dernier de la journée. Après la descente domine. Bonjour les genoux. Je les ménage.
Je me suis toujours demandé qui décidait des temps de parcours sur ces panneaux et sur quelles bases ?
Je trouve que c’est toujours sous estimé. De fait cela peut être dangereux.
En tout cas là je suis content. Je vais finir ma digestion dans la descente.

Lac de Migouélou. Le refuge à atteindre est tout au fond.

Un drôle de champignon nuageux à l’allure "tchernobilienne" dans un espace minérale.

Il faut encore aller là-bas au fond puis attaquer la grande descente.

En montagne, le chemin qui semble le plus direct n’est jamais le plus court, le plus rapide.

Après le refuge de Migouélou où j’ai fait le plein d’eau j’ai attaqué la très longue descente. Un sentier tracé pour celles et ceux qui montent mais interminable pour les personnes qui descendent.

Je croise dans la descente une femme et un enfant. Celui-ci me demande si on voyait plein d’animaux là-haut. J’ai pensé aux films "La panthère des neiges" et à "la Vallée des loups". Je lui ai répondu avec franchise : oui, des vaches, des brebis, des chevaux et des marmottes. Pour le reste c’est plus difficile. Il faut être moins nombreux et très silencieux. Dans ce cas avec de la chance...
Il l’a répété à sa maman (?) qui l’a engueulé : "faut pas parler avec n’importe qui et il t’a dit n’importe quoi." Cela sent l’entourloupe.
Pourtant je ne lui ai pas répondu que plus bas il avait autant de chance d’en voir.

Une pluie légère et rafraichissante s’est mise à tomber.
Dans une heure je serai à la voiture et ce soir dans un vrai lit sans cailloux sous le dos.

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